Wednesday, December 31, 1986

Introduction à la réédition, en brochure, de l’interview à "Storia Illustrata"

La seconde guerre mondiale a suscité tant d’horreurs, de souffrances et de passions qu’il est encore difficile de nos jours d’en traiter avec sérénité. 

Mais ne devons-nous pas appliquer les méthodes de routine de la critique historique à tous les aspects de cette guerre, même et surtout à l’examen des problèmes les plus controversés ?

Le problème historique que les auteurs révisionnistes (Paul Rassinier, Arthur R. Butz, Wilhelm Stäglich,...) ont spécialement étudié est le suivant : s’il est incontestable que Hitler a traité les juifs en ennemis déclarés et qu’il a mis nombre d’entre eux en camps de concentration, Hitler a-t-il vraiment exterminé ou voulu exterminer les juifs européens ?

Ma réponse, comme celle de ces auteurs révisionnistes dont le nombre s’accroît à travers le monde, est que la prétendue politique d’extermination des juifs et l’emploi, à cet effet, de chambres à gaz homicides à Auschwitz ou ailleurs sont de ces aberrations qu’engendre toute guerre et qu’entretient toute propagande de guerre. Aussi longtemps qu’on croira à ces aberrations, on ne saura pas voir que le vrai crime, c’est la guerre elle-même avec son cortège d’horreurs vraies : horreurs volontaires comme le terrorisme sous toutes ses formes, horreurs involontaires comme les épidémies de typhus qui ont ravage les camps. Ceux qui croient sincèrement aux atrocités de fiction forgées sur le compte de l’Allemagne – essentiellement à partir de photos de typhiques morts ou moribonds – ne sont évidemment pas des menteurs mais les victimes d’une erreur historique.

Les révisionnistes usent de documents et d’arguments. Ceux qui ne sont pas d’accord avec les révisionnistes doivent répondre par des documents et des arguments. La répression et la censure sont des crimes contre l’esprit.

31 décembre 1986

Monday, December 22, 1986

Préface à une traduction en arabe du mémoire de Marie-Paule Mémy et de mon "Mémoire en défense"


La seconde guerre mondiale a suscité tant d’horreurs, de souffrances et de passions qu’il est encore difficile de nos jours d’en traiter avec sérénité. 

Mais nous devons, néanmoins, appliquer les méthodes de routine de la critique historique à tous les aspects de cette guerre, même et surtout à l’examen des problèmes les plus controversés.

Le problème historique que les auteurs révisionnistes (en France, Paul Rassinier ; aux États-Unis, Arthur Robert Butz ; en Allemagne, Wilhelm Stäglich ; en Italie, Carlo Mattogno...) ont spécialement étudié est le suivant :

– il est incontestable que Hitler a traité les juifs en ennemis déclarés ; 
– il est incontestable qu’il a mis un certain nombre d’entre eux en camps de concentration ;
– mais Hitler a-t-il vraiment exterminé ou voulu exterminer les juifs européens ? 

Ma réponse à cette question est identique à celle de tous ces auteurs révisionnistes dont le nombre s’accroît à travers le monde malgré la politique de silence ou de répression qui est menée contre eux depuis tant d’années. Notre réponse est la suivante :

La prétendue politique d’extermination des juifs et l’emploi à cet effet de prétendues chambres à gaz homicides à Auschwitz ou ailleurs sont de ces aberrations qu’engendre toute guerre et qu’entretient toute propagande de guerre.

Nous pensons que cette propagande est nocive. A Auschwitz, on n’a gazé que les poux. 

En effet, aussi longtemps qu’on croira à ces aberrations, on ne saura pas voir que le vrai crime, c’est la guerre elle-même avec son cortège d’horreurs vraies : des horreurs volontaires comme le terrorisme sous toutes ses formes ou bien des horreurs involontaires comme les épidémies de typhus ou de fièvre typhoïde qui ont ravagé les camps de concentration.

Beaucoup de gens croient sincèrement aux atrocités de fiction qui ont été forgées sur le compte de l’Allemagne. Ils s’imaginent que les monceaux de cadavres qu’on leur a si souvent montrés sont la preuve que les Allemands ont tué systématiquement des déportés. En réalité, il s’agit là de déportés morts principalement d’épidémies diverses et de sous-alimentation dans les conditions effroyables des dernières semaines de la guerre. Dans une Allemagne d’apocalypse, ruinée par la guerre, exsangue, au bord de la famine, écrasée sous un tapis de bombes, où ravitaillement, médicaments, transports divers ne parvenaient plus à destination, il est évident que les déportés, transférés de camp en camp devant l’avance des vainqueurs de l’Est et de l’Ouest, ont vécu un calvaire. C’est le résultat de ce calvaire que les Alliés ont filmé et montré au monde entier. Ils ont par là excusé leurs propres abominations ou ils les ont même cachées.

Beaucoup de ces gens ont vu des fours crématoires dans ces camps libérés. Ces fours servaient à brûler des cadavres. 

Beaucoup de gens ont vu des chambres à gaz de désinfection dans ces mêmes camps. Ces chambres à gaz servaient à la désinfection des vêtements.

Ces fours et ces chambres répondaient à un souci d’hygiène.

Il est significatif que, sous l’effet d’une certaine propagande, beaucoup de gens aient fini par croire que ces chambres et ces fours auraient été conçus pour un but exactement contraire : pour anéantir la vie ! 

Beaucoup de gens racontent qu’ils ont visité, dans certains camps, des chambres à gaz homicides. En réalité, ce qu’ils ont vu, ce sont des pièces inoffensives (des salles de douche, des chambres froides...) que des responsables de musées (à Auschwitz, au Struthof, à Mauthausen, à Majdanek...) présentent fallacieusement comme des pièces où les Allemands auraient gazé d’innocentes victimes.

Les visiteurs de ces musées devraient ouvrir les yeux. Les lecteurs de livres ou de documents sur la déportation devraient se réveiller de cette léthargie où on cherche à les maintenir. J’ai personnellement cru à ces mythes. Je ne traite donc pas de menteurs les gens qui continuent d’y croire. Je les considère plutôt comme les victimes d’un mensonge historique : celui du « génocide », de l’ « holocauste » ou de la « shoah ».

Ce mensonge est exclusivement d’origine juive. Il est né dans certains milieux juifs de Slovaquie et de Pologne, pendant la guerre. Il a transité, par l’intermédiaire de milieux juifs établis en Suisse, vers la Grande-Bretagne et les États-Unis. Les milieux juifs américains ont procédé à son lancement officiel avec, en novembre 1944, la publication d’un rapport mensonger du War Refugee Board sur Auschwitz. Ce rapport, émanant de la Maison Blanche, a servi de support à un énorme édifice de mensonges que, par la suite, tous les Alliés, y compris les Soviétiques, ont contribué à édifier sur le compte de l’Allemagne vaincue. Le « procès de Nuremberg » vient en quelque sorte de là. Les Alliés ont pu disposer souverainement de l’Allemagne, laquelle a été amputée d’un tiers de son territoire, coupée en deux parties et occupée par quatre puissances victorieuses. Au « procès de Nuremberg », on a affirmé sans apporter le moindre commencement de preuve, que le nombre des victimes juives s’élevait à six millions. Devant une pareille hécatombe, qui aurait été effectivement tout à fait exceptionnelle dans l’histoire, on a estimé que les juifs avaient droit à une réparation tout à fait exceptionnelle, elle aussi, dans l’histoire : en conséquence, on leur a donné un territoire qui appartenait à un autre peuple. C’est ainsi qu’a été créé en 1948 l’État d’Israël. L’année suivante, Nahum Goldman, président du Congrès juif mondial, et Ben Gourion, chef du gouvernement israélien, ont exigé du chancelier Adenauer, chef du gouvernement allemand, de colossales réparations financières dont ils ont obtenu le principe par le « traité du Luxembourg » en 1952. Depuis cette date, le contribuable allemand, quel que soit son âge et même s’il est né longtemps après la guerre, verse à l’état d’Israël des sommes dont Nahum Goldmann lui-même a admis qu’elles étaient « astronomiques ». Ces réparations continueront d’être versées au-delà de l’an 2000.

Parfois on prête aux révisionnistes l’idée suivante : « Les juifs ont inventé ce mensonge du génocide, des chambres à gaz et des six millions pour extorquer de l’argent à l’Allemagne. » Les révisionnistes ne disent pas cela. Ils disent : « Des juifs ont inventé ce mensonge pendant la guerre. Il est normal, en temps de guerre, de mentir sur le compte de l’ennemi. Plus tard, plusieurs années après le conflit, d’autres juifs ont eu l’idée d’exiger de l’argent de l’Allemagne ; il se peut qu’ils l’aient fait de bonne foi ; il se peut que, se considérant comme les victimes d’un épouvantable massacre systématique, ils se soient dit : l’Allemagne nous doit réparation ». Comme on le voit, il n’y a là ni complot, ni conjuration, mais une sorte d’évolution naturelle des esprits à partir de la croyance en un mythe qu’on s’est soi-même forgé. C’est courant dans l’histoire. Les juifs ont leurs mythes comme toute communauté a les siens. Et tout le monde cherche normalement à tirer profit d’une situation donnée ; mais il arrive qu’à trop vouloir en tirer bénéfice, on se fasse du tort à soi-même. A mon avis, c’est ce qui arrive en ce moment aux juifs. Ils se sont intoxiqués de leur propre religion de l’holocauste et cherchent trop à en intoxiquer le reste du monde. Ils provoquent une réaction de scepticisme et de rejet. Ils sont, d’une certaine manière, responsables du phénomène révisionniste et de son succès croissant. L’arme n° 1 de l’Etat d’Israël, ce n’est pas sa bombe atomique, c’est sa propagande autour du prétendu « holocauste ». Or, cette arme va se révéler de plus en plus fragile. Elle n’est fondée après tout que sur un de ces phénomènes d’illusion collective comme l’Histoire en a déjà connu et qui se maintiennent par des moyens artificiels.

Il se trouve maintenant des juifs pour dénoncer la religion de l’« Holocauste ». Mais ils sont très peu nombreux et ne seront probablement jamais d’une grande efficacité pour un retour au bon sens et à la raison. 

Dès 1933, les milieux juifs internationaux ont lancé une vigoureuse campagne contre Hitler. Ils ont appelé à la croisade contre l’Allemagne. Ils ont salué la guerre contre ce pays comme la guerre du Bien contre le Mal. Hitler a traité les juifs européens en ennemis déclarés. Il a mis au travail forcé ceux qui pouvaient travailler. Les autres ont été neutralisés par toutes sortes de mesures comme on en prend contre des « ennemis de l’État ». Certains ont dû végéter dans des camps de concentration ou de transit. Beaucoup de juifs sont morts et beaucoup de juifs ont survécu. Il n’y a pas eu d’ordre d’extermination des juifs et, dans les faits, il n’y a pas eu d’extermination. Bien entendu, comme dans toute guerre, il a pu se produire des massacres dont juifs et non-juifs ont été les victimes. Bref ce que les juifs ont vécu de 1939 à 1945 a été atrocement banal.

Aujourd’hui, il est facile de constater que les juifs sont loin d’avoir disparu. Même quarante ans après la guerre, les « survivants » juifs des camps et, en particulier, d’Auschwitz, font beaucoup parler d’eux. Chaque juif survivant est la vivante preuve qu’il n’y a pas eu d’extermination des juifs par Hitler. Assurément, chacun d’entre eux a tendance à se présenter comme une exception et nous dit que c’est « par miracle » qu’il a personnellement échappé à un gigantesque massacre. Mais, quand les exceptions et les miracles se multiplient à ce point, on se trouve plutôt devant un phénomène naturel. Dans leur vaste majorité, ces « survivants » ont connu successivement plusieurs camps de concentration ; beaucoup y ont été des enfants, non astreints au travail ; ils étaient en quelque sorte des « bouches inutiles » ; les Allemands, selon la logique qu’on leur prête, auraient dû exterminer ces gens. Ils ne l’ont pas fait tout simplement parce qu’il n’y avait pas d’ordre en ce sens. Des juifs comme Simon Wiesenthal voudraient nous faire croire que Hitler les a placés successivement dans toute une série de camps pour les y tuer mais que, « par miracle », Hitler aurait à chaque fois oublié de les tuer. Là encore, on devrait se rendre compte d’une évidence : les camps où Hitler faisait mettre les juifs n’étaient pas des camps d’extermination, puisque tant de juifs en sont revenus.

Les responsables israéliens sont particulièrement anxieux, non pas devant le terrorisme, non pas devant les moyens militaires des pays arabes ou musulmans, mais devant les progrès du révisionnisme historique. Begin et Navon l’ont dit. Un sioniste a, pour ainsi dire, résumé leur pensée quand il a écrit : « Were the Holocaust shown to be a hoax, the number one weapon in Israel’s propaganda armoury disappears [1]. »

22 décembre 1986



[1] Dr W. D. Rubinstein, School of Social Sciences, Deakin University, Australie, dans Nation Review, 21 juin 1979, p. 639, « Si l’Holocauste apparaissait comme une imposture, l’arme n° 1 de l’arsenal de la propagande d’Israël disparaîtrait. »

Monday, December 1, 1986

Don Quichotte chez les juifs


Don Quichotte, n.m. : Celui qui, comme le héros célèbre de ce nom, se fait à tout propos, et même hors de propos, le redresseur des torts, le défenseur des opprimés ; qui soutient, dans un esprit généreux et chimérique, une cause qu’il n’a pas les moyens de faire triompher. Faire le Don Quichotte. Il s’est fait le Don Quichotte de toutes les causes perdues (Dictionnaire de l’Académie française, 8e édition, 1932) [souligné par RF] 
 

Néron n’a pas incendié Rome ; Bonaparte n’a pas fait empoisonner les pestiférés de Jaffa ; le Lusitania n’était pas un paquebot inoffensif ; les Uhlans n’ont pas coupé de mains aux enfants belges ; on ne gazait pas d’hommes à Auschwitz, on n’électrocutait pas de juifs à Belzec, on n’en tuait pas non plus à la vapeur d’eau à Treblinka ; pas de savon juif ou d’engrais juif. Le bombardement de Dresde n’a peut-être pas fait deux cent cinquante mille ou cent trente-cinq mille morts, mais peut-être de trente-cinq à soixante-dix mille morts. Les victimes de l’Épuration en France n’ont pas été cent cinq mille mais peut-être entre dix et quatorze mille. En 1982 la Pologne n’était pas couverte de camps de concentration. Quid de l’URSS ? L’idée selon laquelle les juifs auraient eu une histoire particulièrement tragique tiendrait-elle si on faisait le compte de tous les morts de tous les pogroms et si on comparait ce total au total des morts de tous autres groupements humains qui ont occupé une place dans l’Histoire ? Après tout, on pourrait raconter l’histoire de la France comme celle d’un pays avec lequel tous ses voisins, successivement, à travers les siècles ont été méchants, sans que la France, elle, y fût pour rien. Tous comptes faits, les juifs ne seraient-ils pas à envier plutôt qu’à plaindre ?

1er décembre 1986

Sunday, November 30, 1986

Un grand faux témoin : Élie Wiesel


Élie Wiesel va bientôt recevoir le prix Nobel de la Paix. Il est généralement présenté comme un témoin de l’« Holocauste » des juifs et, plus particulièrement, comme un témoin de l’existence des prétendues chambres à gaz homicides. Dans Le Monde de ce jour, en première page, sous le titre « Un Nobel éloquent », on souligne que cette attribution du prix Nobel à Elie Wiesel vient à point car :

On a vu ces dernières années, au nom d’un prétendu « révisionnisme historique », s’élaborer des thèses, notamment françaises, visant à remettre en cause l’existence des chambres à gaz nazies et, peut-être au delà, le génocide juif lui-même.

Mais en quoi Élie Wiesel serait-il un témoin des chambres à gaz ? De quel droit exigerait-il que nous croyions un seul instant à ce mode d’extermination ? Dans le livre autobiographique censé rapporter son expérience d’Auschwitz et de Buchenwald, il ne mentionne nulle part les chambres à gaz [1]. Il dit bien que les Allemands exterminaient les juifs mais... par le feu, en les jetant vivants dans des fournaises en plein air au vu et au su de tous les déportés ! Pas moins ! Le faux témoin Wiesel n’a pas eu de chance. Ayant à choisir entre plusieurs mensonges de la propagande de guerre des Alliés, il a choisi de défendre le mensonge du feu au lieu de celui de l’eau bouillante, du gaz ou de l’électricité. En 1956, date à laquelle il a publié son témoignage en yiddish, le mythe du feu restait encore vivace dans certains milieux. Il est à l’origine du terme Holocauste. Aujourd’hui il n’y a plus un seul historien pour l’accréditer. Le mythe de l’eau bouillante et celui de l’électricité ont, eux aussi, disparu. Reste le gaz.

Le mensonge du gaz a été accrédité par les Américains : voyez le War Refugee Board Report publié en novembre 1944. Le mensonge des juifs tués à l’eau bouillante ou à la vapeur d’eau (précisément à Treblinka) a été accrédité par les Polonais : voyez le document de Nuremberg PS-3311. Le mensonge de l’électricité a été accrédité par les Soviétiques : voyez l’article de la Pravda du 2 février 1945, p. 4, sur « Le combinat de la mort à Auschwitz ».

Le mensonge du feu est d’origine indéterminée. Il est en quelque sorte vieux comme la propagande de guerre ou de haine. En 1958, Wiesel a publié sous le titre La Nuit la version française de son témoignage, avec une préface de François Mauriac. Il dit qu’à Auschwitz il y avait une fosse incandescente pour les adultes et une autre pour les bébés. Il écrit :

Non loin de nous, des flammes montaient d’une fosse, des flammes gigantesques. On y brûlait quelque chose. Un camion s’approcha du trou et y déversa sa charge : c’étaient des petits enfants. Des bébés ! Oui, je l’avais vu, de mes yeux vu... Des enfants dans les flammes. (Est-ce donc étonnant si depuis ce temps-là le sommeil fuit mes yeux ?) [2].

Un peu plus loin, il y avait une autre fosse à flammes gigantesques où les victimes pouvaient « agoniser durant des heures dans les flammes » [3]. La colonne dont faisait partie Wiesel fut conduite par les Allemands à « trois pas » de cette fosse, puis à « deux pas ». « A deux pas de la fosse, on nous ordonna de tourner à gauche, et on nous fit entrer dans une baraque [4]. »

Témoin exceptionnel, Wiesel assure avoir rencontré d’autres témoins exceptionnels. A propos de Babi-Yar, localité d’Ukraine où les Allemands ont exécuté des Soviétiques et, parmi ceux-ci, des juifs, Wiesel écrit :

Plus tard, j’appris par un témoin que, pendant des mois et des mois, le sol n’avait cessé de trembler ; et que, de temps en temps, des geysers de sang en avaient giclé [5].

Ces mots n’ont pas échappé à l’auteur dans une minute d’égarement : une première fois, il les a écrits, puis un nombre indéterminé de fois (au moins une) il a bien dû les relire sur épreuves ; enfin ces mots ont été traduits dans diverses langues comme tout ce qu’écrit cet auteur.

S’il a personnellement survécu, c’est bien entendu par miracle. Il dit qu’à Buchenwald les Allemands envoyaient « chaque jour dix mille personnes à leur mort. J’étais toujours parmi les derniers cent près de la porte de sortie. Ils nous arrêtaient là. Pourquoi [6] ? »

Germaine Tillion a analysé en 1954 le « mensonge gratuit » à propos des camps de concentration allemands. Elle a alors écrit :

Ces personnes [qui mentent gratuitement] sont, à vrai dire, beaucoup plus nombreuses qu’on ne le suppose généralement, et un domaine comme celui du monde concentrationnaire – bien fait, hélas, pour stimuler les imaginations sado-masochistes – leur a offert un champ d’action exceptionnel. Nous avons connu [c’est G. Tillion qui continue de parler ici] de nombreux tarés mentaux, mi-escrocs, mi-fous, exploitant une déportation imaginaire ; nous en avons connu d’autres – déportés authentiques – dont l’esprit malade s’est efforcé de dépasser encore les monstruosités qu’ils avaient vues ou dont on leur avait parlé et qui y sont parvenus. Il y a même eu des éditeurs pour imprimer certaines de ces élucubrations, et des compilations plus ou moins officielles pour les utiliser, mais éditeurs et compilateurs sont absolument inexcusables, car l’enquête la plus élémentaire leur aurait suffi pour éventer l’imposture [7].

G. Tillion n’a pas eu le courage de donner des exemples et des noms. Mais c’est l’usage. On convient qu’il y a de fausses chambres à gaz qu’on fait visiter aux touristes et aux pèlerins, mais on ne nous dit pas où. On convient qu’il y a de faux « grands témoins » mais on ne nomme en général que Martin Gray, escroc notoire dont Max Gallo, en toute connaissance de cause, a fabriqué sur commande le bestseller Au nom de tous les miens.

On nomme parfois aussi Jean-François Steiner. Son best-seller Treblinka avait été présenté comme une œuvre dont chaque détail était garanti par des témoignages écrits ou oraux ; en réalité, il s’agissait d’une fabrication due, au moins en partie, au romancier Gilles Perrault [8]. Marek Halter a, de son côté, publié en 1983 La Mémoire d’Abraham ; comme souvent à la radio, il y fait état de son expérience du ghetto de Varsovie ; or, s’il faut en croire un article de Nicolas Beau, pourtant très favorable à l’auteur [9], le petit Marek, âgé d’environ trois ans, et sa mère ont quitté Varsovie en octobre 1939 et non en 1941, c’est-à-dire avant la constitution du ghetto par les Allemands. Son livre aurait été vraisemblablement écrit par un nègre : Jean-Noël Gurgan. Filip Müller est l’auteur de Trois ans dans une chambre à gaz d’Auschwitz, préface de Claude Lanzmann, prix 1980 de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, dirigée par Jean-Pierre Bloch) ; ce best-seller nauséabond est le résultat du travail d’un nègre allemand, Helmut Freitag, qui n’a pas hésité devant le plagiat ; voyez Carlo Mattogno, « Filip Müller’s Plagiarism » repris dans Auschwitz, un caso di plagio. La source du plagiat était Médecin à Auschwitz, autre best-seller fabriqué de toutes pièces par un certain Miklos Nyiszli. Ainsi toute une série d’ouvrages présentés comme des documents authentiques ne sont que des compilations dues à différents nègres : Max Gallo, Gilles Perrault, Jean-Noël Gurgan (?), Helmut Freitag...

On aimerait savoir ce que G. Tillion pense aujourd’hui d’Élie Wiesel. Chez ce dernier le mensonge n’est certes pas gratuit. Il se dit plein d’amour pour l’humanité. Il ne recule pourtant pas devant l’appel à la haine. A son avis :

Tout juif, quelque part en lui, devrait se ménager une zone de haine – une haine saine et virile – pour ce que l’Allemand personnifie et pour ce qui persiste dans l’Allemand. Agir autrement serait trahir les morts [10] .

Au début de l’année 1986, quatre-vingt-trois députés du Bundestag avaient pris l’initiative de proposer Élie Wiesel pour le prix Nobel de la Paix : ce serait, avaient-ils affirmé, « un grand encouragement pour tous ceux qui concourent activement à la réconciliation [11] ». C’est ce que l’on appelle « passer du national-socialisme au national-masochisme ».

Jimmy Carter avait besoin d’un historien pour présider sa Commission présidentielle de l’Holocauste. Comme le dit si bien Arthur Robert Butz, il choisit donc un « histrion » : Élie Wiesel. Même le journal Le Monde, dans l’article susmentionné, est obligé de faire allusion au caractère histrionique que certains déplorent chez Élie Wiesel. Il le fait en ces termes :

Naturellement, même parmi ceux qui approuvent la lutte de l’écrivain juif américain découvert jadis par le catholique François Mauriac, il en est qui lui font grief d’avoir trop tendance à transformer en « dolorisme » la douleur juive ou d’être devenu le grand prêtre d’une « gestion planifiée de l’Holocauste ».

Il n’est pas de business qui vaille le Shoah-business. Il y a cinq ans déjà Léon A. Jick écrivait :

La pique dévastatrice selon laquelle « il n’est pas de meilleur business que le Shoah-business » représente, c’est triste à dire, une vérité reconnaissable [12].

Élie Wiesel lance des appels alarmés et enflammés contre les auteurs révisionnistes. Il sent la partie lui échapper. Il va lui devenir de plus en plus difficile de maintenir la croyance délirante selon laquelle les juifs ont été exterminés ou ont fait l’objet d’une politique d’extermination, notamment par le recours à de prétendues chambres à gaz homicides. Serge Klarsfeld vient d’admettre que jusqu’ici on n’a pas encore publié de vraies preuves de l’existence de ces chambres à gaz ; il promet des preuves ; il donne son meilleur échantillon ; cet échantillon est grotesque [13]. Sur le plan scientifique, c’en est fini du mythe des chambres à gaz. A vrai dire, ce mythe a expiré lors du colloque de la Sorbonne (29 juin-2 juillet 1982) tenu, il y a quatre ans, sous la présidence de Raymond Aron et de François Furet. Reste à faire connaître la nouvelle au grand public. Cependant, pour Élie Wiesel, il importe au plus haut point de cacher cette nouvelle. D’où le fracas médiatique,qui ira en s’amplifiant. Plus les journalistes parlent, plus les historiens se taisent.

Mais il y a aussi des historiens qui osent élever la voix contre le mensonge et la haine. C’est le cas de Michel de Boüard, ancien résistant, déporté a Mauthausen, membre du Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale de 1945 à 1981 (date de son intégration dans l’Institut d’histoire du temps présent), membre de l’Institut de France. Il faut lire sa poignante interview dans Ouest-France, 2-3 août 1986. Au passage, il reconnaît courageusement que, pour propre part, il a, en l954, dans une étude scientifique, cautionné l’existence d’une chambre à gaz là où, en définitive, il n’a pas pu en exister : à Mauthausen.

Le respect dû aux souffrances de toutes les victimes de la seconde guerre mondiale et, en particulier, aux souffrances des déportés exige de la part des historiens un retour aux méthodes de routine de la critique historique.

17 octobre 1986

***

NB - Quelques mois après une première publication et une diffusion importante de ce texte de R. Faurisson, P. Vidal-Naquet déclarait : « Le rabbin Kahane, cet extrémiste juif [...] est moins dangereux qu’un homme comme Élie Wiesel qui raconte n’importe quoi... Il suffit de lire certaine description de La Nuit pour savoir que certaines de ses descriptions ne sont pas exactes et qu’il finit par se transformer en marchand de Shoah... Eh bien lui aussi porte un tort, et un tort immense, à la vérité historique [14] » [note ajoutée au présent texte dans le n° 4 des Annales d'histoire révisionniste, printemps 1988, p. 168].


Lettre de Mme Esther Grossmann, Holon (Israël)

En visite en Allemagne, j’ai vécu avec une grande émotion la discussion relative à Holocaust. J’ai réussi à cette époque-là à échapper à l’enfer des années terribles. Le temps que j’ai passé à Buchenwald et Auschwitz reste gravé dans ma mémoire d’une manière indélébile. Au cours de près de trois années de détention, j’ai vu l’homme à son stade primitif : la démesure d’hommes, qui détenaient un pouvoir sur des hommes jusqu’à la brutalité folle ; mais aussi les trésors de tolérance et la grande âme de mon peuple. Comme la vérité est indivisible, je dois dire également qu’en ces temps difficiles j’ai reçu de beaucoup d’Allemands aide et réconfort et que je n’ai ni vu ni entendu parler de chambres à gaz, mais que je n’ai appris leur existence qu’après ma libération. Sur ces sujets, je suis comme beaucoup d’Allemands, et je comprends donc le doute si souvent exprimé maintenant et j’estime qu’il est important que soit fait un examen complet par des gens qui n’ont pas participé du tout à ces événements ; car seule la vérité peut nous aider à parvenir à un accord entre nous – maintenant – et dans les générations futures. 


[Cette lettre, publiée initialement dans Die Realschule, Hanovre, 88e année, n° 11, novembre 1980, p. 678, a été publiée en français comme supplément au n° 1 des Annales d'histoire révisionniste, printemps 1987.]

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Notes

[1] Une seule allusion, extrêmement vague et fugace à la page 109 : Élie Wiesel, qui aime bien prendre Dieu pour interlocuteur, lui dit : « [ces hommes-ci] que Tu as laissés torturer, égorger, gazer, calciner, que font-ils là ? Ils prient devant Toi ! »
Dans sa préface, F. Mauriac mentionne « la chambre à gaz et le crématoire ». Les quatre pages cruciales du « témoignage » d’Élie Wiesel sont reproduites en fac-similé dans : P. Guillaume, Droit et HistoireParis, La Vieille Taupe, 1986.
[2] É. Wiesel, La Nuit, Paris, Ed. de Minuit, 1956, p. 57.
[3] Id., p. 58.
[4] Id., p. 60.
[5] É. Wiesel, Paroles d’étrangerParis, Seuil, 1982, p. 86.
[6] É. Wiesel, « Author, Teacher, Witness », Time, 18 mars 1985, p. 79.
[7] G. Tillion, « Réflexions sur l'étude de la déportation », Revue d'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, numéro spécial : « Le Système concentrationnaire allemand (1940-1944) », juillet-septembre 1954, p. 18, note 2.
[8] Le Journal du Dimanche, 30 mars 1986, p. 5.
[9] Libération, 24 janvier 1986, p. 19.
[10] É. Wiesel, « Appointment with Hate » [Rendez-vous avec la haine] in Legends of Our Time, New York, Avon Books, 1968.
[11] RFA, The Week in Germany, 31 janvier 1986, p. 2.
[12] L. A. Jick, « The Holocaust: its Use and Abuse within the American Public », Jérusalem, Yad Vashem Studies, XIV (1981), p. 316.
[13] Voy. VSD, interview, 29 mai 1986, p. 37.
[14] Zéro, avril 1987, p. 57.

Wednesday, November 12, 1986

Le mythe de la chambre à gaz ou des chambres à gaz de Mauthausen (Autriche)


I. Devant le TMI

Source : Procès des grands criminels de guerre devant le TMI (Tribunal militaire international), Nuremberg, 14 novembre 1945 – 1er octobre 1946, édité à Nuremberg (Allemagne), 1947-1949, 42 volumes, texte officiel en langue française). Il est à noter que les Français n’ont pas publié le volume XXIII : index des matières et liste des errata. Je ne possède pas la version américaine (IMT). Je possède la version en langue allemande (IMG). Dans le volume XXIII de cette dernière version, ce qui se rapporte à Mauthausen figure, aux pages 65-66, sous la rubrique générale « Konzentrationslager » dans la section « Mauthausen ». A la différence de sections comme « Auschwitz » ou « Treblinka », on ne trouve dans la section « Mauthausen » aucune mention de « Gaskammern » (chambres à gaz) ou «Vergasung » (gazage). Pourtant, soit dans les documents utilisés par le TMI, soit au cours des débats du TMI, il a été question de chambre[s] à gaz homicides ou bien de gazages homicides à Mauthausen. Il en a été question de façon vague, confuse ou contradictoire. Dans les deux cent quatre-vingt-sept pages du jugement (TMI, I, p. 181-367), il est fait mention de chambres à gaz homicides à Auschwitz ou à Treblinka mais non à Mauthausen.


a) Dans les documents du TMI

• Document PS-2430 : film américain. Entre le 1er mars et le 8 mai 1945, des cinéastes américains ont enregistré quatre-vingt mille pieds de film sur les camps de concentration nazis. Seuls six mille pieds de cet ensemble ont été projetés dans l’enceinte du tribunal le 29 novembre 1945. Dans une petite fraction du film il est question de « Mauthausen Concentration Camp ». Un homme y déclare :

I am Lt. (senior grade) Jack H. Taylor, U.S. Navy, from Hollywood, California. 

Cet homme dit qu’il a été interné à Mauthausen, camp dans lequel soit un, soit deux officiers américains auraient été « exécutés par gaz ». Il emploie les cinq mots suivants : « executed by gas [...] by gas [1]. » Cet homme n’a pas comparu devant le tribunal et n’a donc pas pu y être interrogé et contre-interrogé.

• Document PS-2285 : affidavit commun de deux officiers français. Le 13 mai 1945, le lieutenant-colonel Guivante de Saint-Gast et le lieutenant Jean Veith ont signé un affidavit (déclaration sous serment) rédigé en anglais. Ces hommes disent qu’ils ont été internés à Mauthausen, camp dans lequel les Allemands auraient exécuté une certaine catégorie de prisonniers soit par balles, soit par gaz. Ils déclarent :

The K prisoners were taken directly to the prison where they were uncloathed and taken to the « bathrooms ». This bathroom (sic) in the cellars of the prison building near the crematory was specially designed for executions (shooting and gassing). [...] If a transport consisted of too many « K » prisoners, instead of losing time for « measuration », they were exterminated by gas sent into the bathroom instead of water [2]

Le lieutenant-colonel n’a pas comparu devant le tribunal. Le lieutenant a comparu le 28 janvier 1946 mais il a parlé de Mauthausen sans souffler mot de gazages homicides. Ni le procureur français qui l’avait convoqué comme témoin, ni les avocats allemands des accusés n’en ont parlé [3].

• Document PS-2753 : affidavit d’Alois Hoellriegl. Le 7 novembre 1945, le soldat SS Hollriegl, gardien à Mauthausen de janvier 1940 jusqu’à la fin de la guerre, déclare dans un texte très court qu’au printemps 1942 (sans autre précision de temps) il a vu un jour Ernst Kaltenbrunner et le commandant du camp Franz Ziereis pénétrer dans la chambre à gaz. Il déclare :

Bei einer Gelegenheit, ich glaube es war im Herbst 1942, besuchte Ernst KALTENBRUNNER Mauthausen. Ich hatte damals Wachdienst und sah ihn zweimal. Zusammen mit dem Kommandanten des Lagers, ZIEREIS, ging er in die Gaskammer hinunter, zu einem Zeitpunkt da Gefangene vergast wurden. Das den Vorgang der Vergasung begleitende Geraeusch war mir wohl bekannt. Ich hoerte, dass die Vergasung waehrend der Anwesenheit Kaltenbrunners vor sich ging.


Ich sah Kaltenbrunner von dem Gaskeller heraufkommen, nachdem die Vergasung beendet worden war [4]. 


Le 2 janvier 1946, le lieutenant-commander Samuel Harris, substitut du procureur général américain, lit cet affidavit dont voici la traduction officielle :

A l’automne 1942, je crois, Ernst Kaltenbrunner visita Mauthausen. J’étais de garde à ce moment et je le vis à deux reprises. Il descendit même dans la chambre à gaz avec Ziereis, commandant du camp, à un moment où l’on était en train de gazer des prisonniers. Les bruits qui accompagnaient l’opération m’étaient bien connus. Je compris que la chambre fonctionnait. Kaltenbrunner était présent. J’ai vu Kaltenbrunner remonter de la cave où se trouvait la chambre à gaz, quand tout fut terminé [5]

Deux jours plus tard, le 4 janvier 1946, Alois Hoellriegl comparaît devant le tribunal à titre de témoin. Il est interrogé par le colonel John Harlan Amen, procureur adjoint américain. Voici le passage portant sur la chambre à gaz de Mauthausen :

Colonel Amen. — Donc, vous avez eu l’occasion d’assister à l’extermination des détenus par fusillades, gaz, etc.
Témoin. — Oui, j’ai vu tout cela.

Colonel Amen. — Avez-vous fait une déclaration sous serment disant que vous aviez vu Kaltenbrunner dans ce camp ?
Témoin. — Oui.

Colonel Amen. — Et sur le fait qu’il avait vu et connaissait les chambres à gaz ?
Témoin. — Parfaitement [6]


Trois mois plus tard, l’accusé Ernst Kaltenbrunner est interrogé comme témoin par son avocat, le Dr Kurt Kauffmann. Voici le passage portant sur la chambre à gaz de Mauthausen :


Dr Kauffmann. — Avez-vous, comme l’affirme Hoellriegl, vu des chambres à gaz en fonctionnement ?
Accusé. — Jamais je n’ai vu une chambre à gaz, ni en fonctionnement ni à aucun autre moment [7]

L’avocat répétera sa question et l’accusé, sa réponse. L’accusé précisera : 


Je n’ai jamais mis les pieds dans le centre de détention de Mauthausen. J’ai été à Mauthausen, mais pas dans le camp de travail [8]


• Document PS-3846 : interrogatoire du détenu Johann Kanduth. Les 30 novembre et 3 décembre 1945, le détenu Johann Kanduth est interrogé par un lieutenant-colonel américain, l’Investigator-Examiner David G. Paston. Voici les passages portant sur la chambre à gaz de Mauthausen :

Answer. — [...] Some [women] were killed in the gas chamber. [...]
Giessriegel : He had led the sicks to the gas-chamber [9].
Altfudisch was Obersturmfuehrer and led the women to the room where they undressed, afterwards he brought the next 30. They had to go to the gas-chamber [10].

Question. — Was a record made of the prisoners of CC Mauthausen who were killed by shooting, gasing (sic), cremating or by injections ?
Answer. — Yes [11]
[...] 
Question. — These notes do not show all the persons that were killed at Mauthausen? 
Answer. — They are true, that 2-3,000 were killed in the gas-chambers or on transports, we don’t know the exact number [12].
[...]
Glücks, by whose orders the gas chambers were built [13]
[...]
Kaltenbrunner went laughing in the gas-chamber. Then the people were brought from the bunker to be executed and then all three kinds of executions : hanging, shooting in the back of the neck and gassing were demonstrated. After the dust had disappeared, we had to take away the bodies [14]


Le 12 avril 1946, Ernst Kaltenbrunner est interrogé par le colonel Harlan Amen sur ce document (Kanduth) ainsi que sur un autre document (Tiefenbacher). Voici sa réponse :

Je déclare que leur contenu entier est faux. S’ils m’avaient été soumis au cours des interrogatoires préliminaires (au procès), j’aurais immédiatement demandé, comme je l’ai fait dans d’autres cas, celui du témoin Zutter par exemple, a être confronté d’urgence avec lui [sic] [15].


Malgré tous ses efforts, l’avocat de Kaltenbrunner n’obtiendra jamais la comparution de Kanduth. Le 8 juin 1946, le président du tribunal décidera que ce témoin est autorisé à comparaître [16], mais il ne comparaîtra pas. Dans sa plaidoirie finale, l’avocat ne mentionnera pas cette anomalie [17]. Le procureur général soviétique, Rudenko, prendra la parole après la défense, comme c’était l’usage au procès de Nuremberg pour tous les représentants de l’accusation ; il citera alors le témoignage de Kanduth, qu’il appellera « Kandutor » [18]

• Document PS-3845 : interrogatoire du détenu Albert Tiefenbacher. Le 7 décembre 1945, le détenu Albert Tiefenbacher est interrogé, comme Johann Kanduth, par David G. Paston. Voici les passages portant sur la chambre à gaz de Mauthausen ainsi que sur une voiture dans laquelle on mettait du gaz pour y tuer des détenus :

Q. – Did you know a Mrs. Fuertel, and her daughter ?
A. – There were Czech women gassed, but we did not get the list of their names. I did not have anything to do with the books.
[...]
Q.  Do you remember the gas chamber camouflaged as a bath house ?
A.  Yes, we always helped to carry the dead from the gas chamber.
Q.  There were no shower baths in the chamber ?
A.  Yes. Cold and warm water was supposed to come out of them, but the flow of the water could be regulated from the outside of the room and mostly the water was turned off. On the outside of the room was the gas reservoir and two gas pipes led from the outside into the room. There was a slot at the back and the gas emanated from this slot.
Q. – Gas never came from the showers ?
A. – All the showers were plugged. It was just to make the effect that the prisoners were entering a bath-room.
Q.  Was this gas chamber built by SS Hauptsturmfuehrer Dr Krebsbach ?
A.  I do not know.
Q.  Do you remember a special car which was operated between Mauthausen and Gusen, in which prisoners were gassed on the journey ?
A. – Yes, the commander personally went with this car. Wasicki put the gas into this car.
Q.  How many people could be put into this car ? 
A.  Twenty or thirty. 
Q.  Did this car belong to SS Untersturmfuehrer Wasicki ? 
A.  This car was just like a police car, only constructed air-tight. 
Q.  Did Ziereis drive this car ? 
A.  Yes, I saw him myself. 
Q.  Ziereis himself drove the car, but he did not put
the gas into the car ? 
A. – The whole poison was in the hands of Wasicki. 
Q.  But Ziereis knew that the prisoners were being gassed ? 
A.  Yes, he usually gave the orders. 
Q.  The gassing of prisoners was due to the urging of the SS Krebsbach ? 
A.  I think that they both were in agreement about it, since they were the best of friends. If there were too many people, they simply got rid of them.
Q.  Do you remember the last 800 people who were killed by a club or through drowing ?
A.  Yes, I know how people were led into the gas chamber and hot and cold water applied on them, and then they had to line up and were beaten until they died. 
Q.  Do you remember the gassing of 640 prisoners in block 31 in Gusen ?
A.  No, I was only in Mauthausen [19]

Albert Tiefenbacher est ce témoin qui, à la fin du même interrogatoire, affirme avoir vu Himmler à Mauthausen et l’avoir reconnu « grâce à son monocle » (sic) : « I remember Himmler by his monocle [20] » ! 


Le 12 avril 1946, Ernst Kaltenbrunner est interrogé par le colonel Harlan Amen sur ce document ; seule une petite portion du document est lue ; elle ne porte pas sur les gazages (TMI, XI, p. 332). Kaltenbrunner déclare que ce qu’a dit Tiefenbacher est faux et fait à son propos la même déclaration que, ci-dessus, à propos de Johann Kanduth. Tiefenbacher sera amené à Nuremberg, mais, curieusement, il semble que l’avocat de Kaltenbrunner n’en demandera pas la comparution [21]

• Document F-274 : rapport officiel du gouvernement français. Ce rapport est de 1945 sans autre précision de date. Dans ses soixante-douze pages [22], on relève une simple mention des « chambres à gaz (pluriel !) de Mauthausen [23] » ainsi qu’un récit très confus que voici :

La chambre à gaz permettait des résultats beaucoup plus rapides. Ils furent considérés comme particulièrement satisfaisants à Mauthausen où, en 1943 et 1944, des autocars venaient chercher par groupes de 40 des malades désignés par les S.S. responsables. Ils déposaient leur chargement dans un château où l’on est certain, d’après les charniers retrouvés, que ces malheureux furent exterminés. Les camions « de convalescence » qui venaient chercher les malades étaient devenus la terreur du camp (31 MAU. 15).

« L’auto-car » était plus expéditif que les piqûres mortelles intramusculaires pratiquées avant 1943. Un des auto-car était lui-même une chambre à gaz. Il accomplissait un circuit très rationnel : les malades, exterminés par les gaz dans l’auto-car pendant le trajet Mauthausen-Gusen, étaient incinérés à l’arrivée à Gusen. 

Un nouveau chargement repartait de Gusen : gazage en cours de route et incinération à Mauthausen. Seuls, les raffinements d’une imagination dépravée peuvent expliquer cette horreur. C’est vers le château de Hartheim aux environs de Linz, appartenant au Gauleiter de la Région, que l’auto-car aurait emmené d’autres chargements.

Au moment où des soupçons commencèrent à se répandre parmi les déportés, l’extermination par l’auto-car cessa. Il est curieux de constater que ce changement aurait coïncidé avec la destruction du château par bombardement. (Doc. LUT) [24].

• Document PS-3870 : affidavit de Hans Marsalek. C’est le document le plus important. Hans Marsalek, ancien détenu, y raconte l’interrogatoire qu’il a fait subir à Franz Ziereis, commandant de Mauthausen. Celui-ci était grièvement blessé de trois balles dans le corps. L’interrogatoire dura 68 heures au bout desquels il mourut. Ce fut une séance de torture. On a souvent qualifié de « confession de Ziereis » ce document qui est, en fait, un rapport de Hans Marsalek. L’interrogatoire eut lieu dans la nuit du 22 au 23 mai 1945 et ne fut rapporté par Marsalek que onze mois plus tard, le 8 avril 1946. Voici le passage portant sur les gazages (c’est Ziereis qui est censé parler) :

Im K.-Z. Lager Mauthausen wurde auf Anordnung des ehemaligen Standortarztes Dr. Krebsbach eine Vergasung- sanstalt gebaut unter der Tarnung eines Baderaumes ; in diesem getarnten Baderaum wurden Haeftlinge vergast. Ausserdem verkehrte von Mauthausen nach Gusen und umgekehrt, ein besonders konstruiertes Auto, in dem waehrend der Fahrt, Haeftlinge vergast wurden. Die Konstruktionsidee des Autos stammt von Apotheker SS-Untersturmfuehrer Dr. Wasiczki. Ich selbst habe in das betreffende Auto nie Gas hineingetan, ich habe lediglich das Auto gefuehrt, allerdings habe ich gewusst dass Haeftlinge vergast wurden. Das Vergasen der Haeftlinge geschah auf Draengen des Arztes SS-Haupsturmfuehrer Krebsbach.


All das, was wir exekutiert haben, wurde vom Reichssicherhauptamt, Himmler oder Heydrich, weiters von SS-Obergruppenfuehrer Mueller oder Dr. Kaltenbrunner, der letzte war der Chef der Sicherheitspolizei, angeordnet.


SS-Obergruppenfuehrer Pohl gab den Befehl, die Haeftlinge, weil sie schwach waren und keine Verpflegung hatten, in die Waelder zu treiben um dort Beeren zu pfluecken und Knospen zu fressen. Genannter hat mit der Verwaltung die Portion von 750 Gramm taeglich auf 350 Gramm gekuerzt. SS-Gruppenfuehrer Gluecks gab die Anordnung, schwache Haeftlinge als Geisteskranke zu bezeichnen und jene in eine Anlage, die in Schloss Hartheim bei Linz vorhanden war, mit Gas umzubringen.


Dort wurden ungefaehr 1 - 1½ Millionen Menschen umgebracht. Im Lager wurden jene Haeftlinge als Normal-Verstorbene gemeldet. Die Todesmeldungen der noch lebenden Haeftlinge, die sich bereits auf Transport befanden, wurden schon vorher in die jeweilige, politische Abteilung ausgestellt.

Die Anzahl in der Landesanstalt Hartheim ermordeten Haeftlinge ist mir nicht bekannt, aber samt den Zivilpersonen, die in Hartheim eingeliefert wurden betraegt die Zahl der Opfer ungefähr 1 - 1½ Millionen. An und fuer sich wurde die Vergasungsanstalt in Mauthausen auf Anordnung des SS-Obergruppenfuehrers Glueks gebaut, da dieser den Standpunkt vertrat, dass es menschlicher sei, Haeftlinge zu vergasen statt zu erschiessen [25]

A lui seul, le chiffre d’« environ un à un million et demi d’hommes tués » par le gaz au château de Hartheim ôte toute crédibilité au témoignage de Hans Marsalek et conduit même à s’interroger sur les capacités de discernement chez un homme qui avait eu onze mois pour réfléchir à ce qu’il allait dire aux Américains (ici le lieutenant-colonel Smith W. Brookhart Jr). Plus loin, Hans Marsalek ira jusqu'à dire que ce chiffre lui paraissait trop élevé mais que Ziereis lui-même ne voulait pas en démordre et l’avait justifié [26].

Le 12 avril 1946, soit quatre jours après sa rédaction, cet affidavit est partiellement lu devant le tribunal par le colonel Harlan Amen. En ce qui concerne les gazages, voici le passage retenu :

Puis, je devais faire sauter cette issue à l’aide d’explosifs, ce qui aurait entraîné la mort des détenus. Je me refusai à exécuter cet ordre qui représentait l’extermination des détenus de ce qu’on appelait le « camp-mère » de Mauthausen et des camps de Gusen 1 et Gusen 2. Les détails de ces événements sont connus de M. Wolfram et du SS-Obersturmführer Eckermann.


On construisit au camp de concentration de Mauthausen, sur l’ordre de l’ancien Standortarzt, le Dr Krebsbach, une chambre à gaz camouflée en salle de bain. Les détenus étaient gazés dans cette salle de bains camouflée. D’autre part, une automobile spécialement construite circulait entre Mauthausen et Gusen, dans laquelle les détenus étaient gazés pendant le voyage. L’idée de la construction de cette automobile était due au Dr Wasiczki, SS-Untersturmführer et pharmacien. Personnellement, je n’ai jamais fait entrer de gaz dans cette auto, je l’ai simplement conduite, mais je savais que les détenus y étaient gazés. Cette opération était faite à la demande du SS-Hauptsturmführer Dr Krebsbach.

Tout ce qui a été exécuté avait été ordonné par le RSHA, Himmler ou Heydrich et par le SS-Obergruppenführer Müller ou par le Dr Kaltenbrunner ; ce dernier était chef de la Police de sûreté [27].



Parvenu à cet endroit de l’affidavit de Marsalek, le colonel Harlan Amen se trouvait devant l’alinéa commençant par : « SS-Obergruppenfuehrer Pohl gab den Befehl [...] ». C’est à partir de là qu’il est question d’un à un million et demi de gazés à Hartheim, présenté comme une dépendance de Mauthausen. Or, le Colonel Harlan Amen a arrêté sa lecture juste avant cet endroit qui aurait prouvé le caractère invraisemblable de l’affidavit. Il a dit : « Nous passons à la page 5, un peu plus bas que le milieu de la page [...] » et il a poursuivi sa lecture. Ce faisant, il a sauté la fin de la page 3 de l’affidavit, toute la page 4 et la première moitié de la page 5. Il n’a repris sa lecture que juste après le passage où, pour la troisième fois, il était question d’1 à 1 million et demi de gazés au château de Hartheim. Ni Ernst Kaltenbrunner, ni l’avocat de ce dernier, ni aucun membre du tribunal n’a signalé cette coupure. Cette coupure était, en soi, d’autant plus surprenante qu’elle revenait à supprimer ce qui aurait, en principe, le plus accablé Kaltenbrunner : sa responsabilité dans l’assassinat délibéré d’1 à 1 million et demi d’hommes dans un seul château d’Autriche ! Ernst Kaltenbrunner a protesté « avec la plus grande énergie [28] » contre la manière qu’avait eue Amen de présenter cette « confession de Ziereis », contre l’emploi d’un simple détenu pour mener un interrogatoire et contre le contenu même de l’affidavit. Il a demandé à être confronté avec Hans Marsalek. Il semble que les avocats allemands aient introduit une requête aux fins de comparution de Hans Marsalek par l’intermédiaire de l’un d’entre eux, le Dr Fritz Sauter, puis que ce dernier ait retiré sa requête [29]. Curieusement, une nouvelle requête sera introduite, puis admise par le tribunal [30], mais Hans Marsalek ne comparaîtra jamais.

b) Dans les débats du TMI

Lors des débats du TMI, il a été question de gazages homicides à Mauthausen essentiellement aux dates suivantes : 

– 20 novembre 1945 : dans la lecture de l’acte d’accusation figurent les mots « la chambre à gaz [31] » ;
– 29 novembre 1945 : dans le film américain sur les camps de concentration, on entend les mots « executed by gas [...] by gas [32] » ; 
– 2 janvier 1946 : l’affidavit de Guivante de Saint-Gast et de Jean Veith est lu par le colonel Robert G. Storey, avocat général américain et il est mentionné par le lieutenant-commander Samuel Harris, substitut du procureur général américain ; ce dernier lit l’affidavit d’Alois Hollriegl [33] ;
– 4 janvier 1946 : lors de la comparution d’Alois Hollriegl ;
– 29 janvier 1946 : un témoin de l’accusation française, François Boix, qui est réfugié espagnol en France, prononce les mots de « chambre à gaz [34] » ; 
– 11 avril 1946 : lors de l’interrogatoire de l’accusé Ernst Kaltenbrunner par son avocat [35] ;
– 12 avril 1946 : lors de l’interrogatoire du même accusé par le colonel Harlan Amen, procureur adjoint américain, sur les documents Johann Kanduth, Albert Tiefenbacheret Hans Marsalek [36] 
– 26 juillet 1946 : Robert Jackson, procureur général américain, mentionne en passant le document Marsalek mais il ne parle pas de chambre à gaz ou de gazage [37].
– 27 juillet 1946 : Hartley Shawcross, procureur général britannique, mentionne « les chambres à gaz et les fours d’Auschwitz, Dachau, Treblinka, Buchenwald, Mauthausen, Maidanek et Oranienburg » et il mentionne en passant le document Marsalek mais il ne parle pas de chambre à gaz ou de gazage [38].
– 29 juillet 1946 : le général R. A. Rudenko, procureur général soviétique, lit un court extrait du document Kanduth (qu’il appelle Kandutor) où figurent les mots suivants : « Kaltenbrunner a considéré en souriant les chambres à gaz [...] empoisonnement par les gaz [39] » ; ce pluriel de « chambres à gaz » est dû à une erreur soit du procureur soviétique, soit de la traduction officielle française.

En conclusion, voici comment on peut résumer ce qui a été dit au procès de Nuremberg sur les gazages homicides à Mauthausen : 

– L’acte d’accusation en a fait mention. 
– Lors des débats, il en a été question mais de façon si vague que, par exemple, à aucun moment il n’a été dit ni demandé quel était le gaz (ou les) employé(s).

– A la fin des débats, lors des réquisitoires, il n’en a, pour ainsi dire, plus été question. Le procureur britannique se contente de mentionner la chambre à gaz de Mauthausen mais dans une énumération où figurent également les chambres à gaz de Dachau, de Buchenwald, d’Oranienburg, tous camps où il est admis par les historiens qu’en fin de compte il n’y a pas eu de gazages homicides. Le procureur soviétique mentionne les gazages en deux mots. Le procureur américain n’en parle pas. Les procureurs français (Auguste Champetier de Ribes relayé par Charles Dubost) n’en parlent pas non plus ; 


– Le jugement final n’en parle pas.



II. Devant d’autres tribunaux que le TMI

Devant d’autres tribunaux que le TMI il a pu être question de gazages homicides à Mauthausen, mais, pour autant que je sache, sans qu’on ait apporté d’élément de preuve. Par exemple, dans les procès américains de Nuremberg (Nuernberg Military Tribunal, Trials of War Criminals) ou dans ce qui a été dit sur les procès de Kempten (jugement rendu le 8 juillet 1960), de Hagen (jugement rendu le 24 juillet 1970)... on constate principalement des références à des affidavits comme ceux de Marsalek ou de Kanduth [40] et, bien sûr, à des « aveux » de SS.


III. Dans les ouvrages d’historiens spécialisés


Sur la question des gazages homicides, les principaux ouvrages consultés sont traditionnellement les suivants : Gerald Reitlinger, The Final Solution (1953), Raul Hilberg, The Destruction of the European Jews (1961), Olga Wormser-Migot, Le Système concentrationnaire nazi, 1933-1945 (1968) et Lucy S. Dawidowicz, The War Against the Jews, 1933-1945 (1975). Il y avait des détenus juifs à Mauthausen. Ces ouvrages de référence ne mentionnent aucun gazage homicide. Le cas de l’historienne O. Wormser-Migot est instructif. En 1954, dans Tragédie de la déportation, elle avait donné la légende suivante à une photographie de cadavres : « Corps des derniers gazés de Gusen [41] ». Gusen était un camp annexe de Mauthausen. Or, en 1968, dans sa thèse, elle ne fait plus mention de gazages, ni à Mauthausen, ni dans les dépendances de Mauthausen. Elle sait que des SS ont confessé ou admis auprès de tribunaux alliés ou allemands l’existence de gazages homicides à Mauthausen ; mais elle dit qu’il s’agit d’« affirmation de SS post bellum » et elle rappelle que, pour leur part, de nombreux détenus – qu’elle ne nomme pas – ont démenti l’existence de tels gazages. Pour elle, les affirmations selon lesquelles il y a eu des gazages lui « paraissent de l’ordre du mythe [42] ». Cette prise de position allait lui devoir de graves ennuis avec l’association des anciens détenus de Mauthausen. En 1972, cette association allait publier une brochure de Pierre-Serge Choumoff (ancien détenu de Gusen, situé à cinq kilomètres de Mauthausen, et spécialiste d’électricité) : Les Chambres à gaz deMauthausen. Cette brochure prouvait surtout l’incapacité de son auteur à prouver l’existence de gazages. Pour commencer, elle ne montrait que deux photos de « l’arme du crime », des photos prises de telle sorte qu’elles ne permettaient de se faire qu’une très vague représentation de ladite chambre à gaz. L’auteur vient de confirmer involontairement son incapacité de fournir la moindre preuve scientifique [43]. D’ailleurs, il est généralement admis qu’il n’aurait existé de gazages homicides qu’en cinq ou six points, tous situés en Pologne. En 1982, le professeur israélien Yehuda Bauer a écrit que « no gassings took place at Mauthausen [44] ».

Le cas de l’historien Michel de Boüard montre comment on peut avoir honnêtement la certitude de l’existence d’une chambre à gaz qui, en fait, n’a jamais existé : celle de Mauthausen précisément. Michel de Boüard a été interné dans ce camp comme résistant. Après la guerre, il a été doyen de la faculté des lettres de l’Université de Caen (Normandie). Dès 1945, il a été membre du Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale. Il est membre de l’Institut de France (lequel comprend l’Académie française). Il porte de nombreuses décorations : croix de guerre, médaille de la Résistance, légion d’honneur (commandeur). En 1954, il a publié dans la Revue d’histoire de la deuxième guerre mondiale une étude sur le camp de Mauthausen. A deux reprises, il y parle d’une chambre à gaz homicide. Or, vingt-deux ans plus tard, dans une interview publiée par le journal Ouest-France (2-3 août 1986, p. 6), il allait reconnaître son erreur : cette idée d’une chambre à gaz s’était imposée à son esprit comme une « idée reçue ». Voici ses paroles :

Dans la monographie sur Mauthausen que j’ai donnée dans La Revue d’histoire de la deuxième guerre mondiale en 54, à deux reprises je parle d’une chambre à gaz. Le temps de la réflexion venu, je me suis dit : où ai-je acquis la conviction qu’il y avait une chambre à gaz à Mauthausen? Ce n’est pas pendant mon séjour au camp car ni moi ni personne ne soupçonnions qu’il pouvait y en avoir, c’est donc un « bagage » que j’ai reçu après la guerre, c’était admis. Puis j’ai remarqué que dans mon texte – alors que j’appuie la plupart de mes affirmations par des références – il n’y en avait pas concernant la chambre à gaz. 

Des ouvrages sans valeur scientifique (de Gilbert Debrise, d’Evelyn Le Chêne, de Gisela Rabitsch, ...), et qui peuvent être parfois de grands succès de librairie, mentionnent une chambre à gaz homicide à Mauthausen.

IV. Sur place

Sur place, dans le camp de Mauthausen, les touristes ou visiteurs peuvent voir un petit local qui leur est désigné comme étant une chambre à gaz homicide. Cette présentation est discrète. Parmi les nombreuses cartes postales qui sont en vente dans l’enceinte du camp aucune ne reproduit cette « chambre à gaz ». J’ai voulu savoir pourquoi. Le responsable du musée (un ancien interné espagnol) m’a répondu que la raison en était que « c’était trop cruel ». J’ai demandé s’il existait une expertise prouvant qu’il s’agissait là d’une chambre à gaz homicide. Le responsable m’a répondu que oui. J’ai demandé à voir cette expertise. Il n’a pas pu m’en montrer. J’ai examiné le local. Ma conclusion – mais je ne suis pas un expert en la matière – est la suivante :

Il s’agit d’une petite salle de douches encore munie de son appareillage de douches. Les deux portes métalliques sont des portes étanches au gaz. Ce type de portes, d’un modèle courant, a été fabriqué en quantités industrielles par l’Allemagne en guerre. Il équipait tout local qui, par destination ou à l’occasion, pouvait servir de refuge en cas de guerre des gaz ou de bombardements aériens. Tous les pays belligérants semblent avoir eu de tels types de porte appelée, en allemand, « gasdichte Tür » et, en anglais, « gas-proof door ». Les deux portes de la prétendue chambre à gaz homicide de Mauthausen portent encore la marque de leur constructeur : la société CHEMA-OLOMUC-LUTIN devenue, après la guerre, la société CHEMOL de Linz (Autriche). Mauthausen est près de Linz. La petite pièce en question pouvait servir d’abri, vu qu’elle était construite en contrebas du niveau du sol, presque comme une cave.

V. Conclusion générale

Il n’existe aucun élément de preuve scientifique permettant d’affirmer qu’il y a eu des gazages homicides soit à Mauthausen, soit dans les annexes de Mauthausen (Gusen, Hartheim...), soit par le moyen de camions se déplaçant entre Mauthausen et ses annexes. Tous les historiens, ou bien ne mentionnent pas l’existence de tels gazages, ou bien stipulent expressément que ces gazages sont imaginaires.



Notes

[1] TMI, XXX, p. 468. 
[2] TMI, XXX, p. 142.
[3] TMI, VI, p. 240-251. 
[4] TMI, XXXI, p. 93. 
[5] TMI, IV, p. 302.
[6] TMI, IV, p. 399. 
[7] TMI, XI, p. 277. 
[8] Ibid
[9] TMI, XXXIII, p. 33. 
[10] Id., p. 234.
[11] Ibid. 
[12] Id., p. 235.
[13] Id., p. 239. 
[14] Id., p. 241. 
[15] TMI, XI, p. 337-338. 
[16] TMI, XV, p. 594. 
[17] TMI, XVIII, p. 46-75. 
[18] TMI, XIX, p. 625. 
[19] TMI, XXXIII, p. 226-228. 
[20] Id., p. 229.
[21] TMI, XVII, p. 250 
[22] TMI, XXXVII, p. 116-187. 
[23] Id., p. 118.
[24] Id., p. 176.
[25] TMI, XXXIII, p. 281-282. 
[26] Id., p. 285. 
[27] TMI, XI, p. 340.
[28] TMI, XI, p. 341. 
[29] TMI, XII, p. 405-406,469. 
[30] TMI, XIII, p. 447, 539. 
[31] TMI, II, p. 59. 
[32] TMI, II, p. 430. 
[33] TMI, IV, p. 270, 301, 302.
[34] TMI, VI, p. 22-31. 
[35] TMI, XI, p. 277. 
[36] TMI, XI, p. 332-340. 
[37] TMI, XIX, p. 423.
[38] TMI, XIX, p. 456, 538. 
[39] TMI, XIX, p. 625.
[40] Voy. E. Kogon, H. Langbein, A. Rückerl et al., NS-Massentötungen durch Giftgas, Francfort, S. Fischer, 1983, p. 245-254.
[41] H. Michel et O. Wormser-Migot, Tragédie de la déportation, Paris, Hachette, 1954, p. 445. 
[42] Id., p. 541, n. 2.
[43] Voy. « Les assassinats par gaz à Mauthausen et Gusen », Le Monde Juif, juillet-septembre 1986, p. 104-137.
[44] Y. Bauer, A History of the Holocaust, Jérusalem, Institute of Contemporary Jewry, Université hébraïque de Jérusalem, Toronto, Franklin Watts Publ., 1982, p. 209.